femme cinquième


Elle est debout nue, décharnée, sa poitrine, autrefois charnelle et sculpturale n’a plus qu’une vague présence que seule la lumière rasante sait  à lui donner…. elle apparaît donc comme une ombre. Son ventre gonflé n’a plus de sexe, peut-être un trait de crayon qu’il est impossible d’effacer. Ses cuisses, autrefois si fermes, laissent à croire qu’elles  sont à peine capables de maintenir ce pauvre corps debout, sans l’aide d’une canne. Ses yeux sont pourtant là, les mêmes depuis toujours. Ce regard qui toisaient  les hommes  à leur donner l’envie de soulever ses jupes pour qu’ils plongent leur nez à s’enivrer….fixe le ciel. En attente d’une mort prochaine, cette petite grand-mère prend un bain de soleil.

femme quatrième


Elle est là debout, face à moi, elle a beau détourné la tête, je sais qu’elle m’a regardé. J’aime quand les femmes font semblant de ne pas m’avoir vu. J’aime son immobilisme, j’aime son évidente sensibilité qu’elle cache derrière un mutisme timide… Je la comprends.

femme troisième


Cette jeune femme dans la rue qui s’active, en marchant… Elle est jolie, court vêtue, un décolleté qui découvre et le haut de sa poitrine et le soutien gorge qu’elle porte… Elle s’agite donc, elle téléphone de la main droite et reçoit sur un autre téléphone divers messages qu’elle lit pendant qu’elle téléphone. Elle parle fort, elle remue beaucoup, fait des allers-retours entre deux points fixes mais invisibles  à mes yeux…. Elle s’emporte, reçoit encore un message puis un autre et encore un autre, surenchère de la communication, espace invisible qui relie toute une humanité…. le réseau fonctionne. Puis aussi brutalement qu’elle s’activait pour rester lier à ce flux opérationnel et immatériel, elle stoppe la communication, ne reçoit plus de message et s’immobilise. Elle reprend contact avec la réalité qui l’entoure en regardant de tous côtés  à la recherche d’un impossible regard qui la reconnaîtrait… rien, toujours rien. Elle s’assoit sur un petit muret de pierres et attend….. une autre solitude.

femme deuxième


Aperçue du coin d’une rue cette femme assise à la terrasse d’un café. La lumière n’était pas violente et ce sont ses grandes lunettes de soleil qui ont attiré en premier lieu mon oeil… puis son port de tête, inclinée vers le bas, elle ne voulait pas regarder la rue passante. Je me suis assis à quelques mètres d’elles, à une table distante…silences coupés par le bruit des voitures.Elle est habillée de noir assez élégamment, absence de couleurs pour cette saison. Son corps puissant, moulé dans sa robe noire sans décolleté, est soulevé brutalement à quelques secondes d’intervalle, par de lourds spasmes respiratoires…. Elle pleure, seule, face à un verre d’alcool blanc….. une solitude.

femme première


Ce matin, tôt, trop tôt, j’aurais eu envie d’une femme aux cheveux platines, courts, extirpée d’un magazine froissé au pied de mon lit… Je l’aurais trouvée sur une page publicitaire incompréhensible, parfum ? jean ? chaussures ? Elle se serait assise à mes côtés, je lui aurai raconté….  Des clips aux sons et voix semblables défilent les uns par dessus les autres, leurs images sont inexistantes… le flux continu de ce son commercé entoure la planète… Elle l’aurait écouté,  se serait levé pour éteindre l’intélé…. le moment du silence est cher payé. Je n’aurais rien eu à lui dire, on n’a jamais rien  à dire à ceux qui vous côtoient, on partage les temps de silence, ce sont eux qui sont les plus dire à surmonter. Nous nous serions tus, nus… La présence de l’un justifiant l’absence de l’autre. Veux-tu de l’eau m’aurait-elle demandé. Parce que je lui aurais dit oui, elle se serait à nouveau levée…Une fois hors de ma vue, elle ne serait plus réapparue, certainement retombée dans les pages de son magazine… je l’ai dormie.