Où l’on sent la présence de l’humain… 18


C’est Ma femme… Le gros con de l’année 2010, il me manquait de ne pas l’avoir trouvé et c’est pour cela que je reprends la plume une deuxième fois ce jour…. Ce matin, le marché à Montalivet, pour ceux qui connaissent, c’est calme… moi, le malade, l’égotographe de service, comme d’habitude je regarde vivre, je mets en phase les couleurs des uns avec les déplacements des autres, je fixe pour une éternité numérique, j’adéquationne  et j’en conclus  que tout fuit vers une autre réalité dans laquelle je ne suis pas encore intervenu…. Passe madame X, majuscule parce qu’elle a un très gros cul qu’elle est habillée avec un pagne très coloré (rien de rédhibitoire à la réalisation d’une photographie)….  Je suis placé face  à une toile de présentoir jaune avec un soleil du matin légèrement rasant, le vent de nuit a nettoyé le ciel…. mais derrière, monsieur qui a le ventre aussi gros que le cul de sa femme veille…

« _Ça ne vous dérange pas de photographier les gens dans la rue ?

_Non, puisque cela fait partie de mon métier…

_Oui, mais là c’est MA femme et cela me dérange MOI !

_Regardez on ne voit pas son visage, elle est de dos, on devine juste les couleurs de son vêtement.

_m’en fous, c’est MA femme et…

_On pourrait peut-être lui demander son avis…

_C’est moi qui décide pour elle…

_J’avais pas vu qu’elle portait une Burqa, pardon…

_ T’effaces la photo ou je t’en colle une… »

J’ai effacé la photo, je lui ai expliqué que tant qu’on ne voyait pas le visage de sa femme elle n’avait pas le droit de me demander de l’effacer surtout que sur Ma photo on ne pouvait en aucun cas deviner qui était la personne photographiée (sous-exposée, saturée et la femme en question dans la pénombre), que lui n’en n’avait aucun droit puisque ce n’était pas lui qui était photographié… Il s’est fâché, je portais atteinte à sa virilité. Il m’était d’avis qu’il ne devait pas l’avoir vue depuis longtemps car son ventre surplombait la virilité en question… Je lui ai demandé pourquoi il s’énervait, car j’avais effacé la photo, et de quoi il avait peur pour s’énerver ainsi…. Après la virilité, le courage…. J’ai cru qu’il allait m’en coller une et comme je devais peser le quart de son poids… je me voyais finir les vacances chez le dentiste local… Je lui ai dit en souriant que c’était dommage qu’il n’aurait pas l’occasion de voir sa photo dans l’Équipe…. silence….(j’ai dit cela parce qu’il portait un maillot de pousseur de balle au pied d’une quelconque équipe de multimilliardaires sous-culturés et qu’il tenait ce journal à la main)… toujours le silence…

« _Vous faites de  la photo pour L’Équipe ? »

Il s’en suivit un mensonge et un autre, des sourires, des excuses…. je lui ai dit que je ne pourrai pas refaire une autre photo car cela se faisait dans le feu de l’action… blablabla. Il est parti le sourire aux lèvres, le gros cul de sa femme en photo dans l’Équipe…. Je hais l’espèce humaine parce qu’elle ne sait même pas qu’elle est finie…

C’est terrible ! Il fut une époque où il y avait peu d’appareils photos et les gens se bousculaient pour être photographiés dans la rue. Il n’y a jamais autant eu de moyens de faire de l’image, mais son sens, sa finalité ne correspondent plus à rien… Il n’y a plus rien à espérer de mes congénères….Je dédie donc ce texte à  ce gros con, au gros cul de sa femme, à l’enfant qu’ils n’auront pas j’espère, car il ne saura même pas lire une image ni s’émouvoir devant.

… Là à cet instant, à la piscine, j’immortaliserais bien le cul de la blondasse qui est vautrée au soleil….baisographie…

Où l’on sent la présence de l’humain… 17


Les vacances et les microcosmes familiaux, de quoi écrire un livre, je me contenterai de moins. Hier, à l’heure de l’apéro, puisque je ne vais pas  à la messe, terrasse d’un café…. Ils viennent s’asseoir: papa, maman, papi père de maman, mami mère de maman, et les deux petits, un dans une poussette qui n’aura aucune incidence sur le déroulement des évènements et celui de deux ans… celui de deux ans, je le nommerai Chiant avec un C majuscule… Dès qu’ils se sont tous quatre installés à mes côtés Chiant a mérité son nom de code. Cependant papa, petit homme, jeune, au nez trop fin et à l’allure hautaine, n’a pas cessé de dire: » je m’occupe de Chiant, tu t’occupes de Ronfle (le petit dans la poussette) ». Entre eux deux, ils étaient donc face à face, papi et mami, papi au blanc, mami à la coupe glacée chantillysée. J’ai remarqué que mami tremblait beaucoup, pas un tremblement maladif dégénérescent, un tremblement nerveux accompagné d’une hypermobilité occulaire… Donc Chiant n’arrêtait pas de toucher  à tout… papa ne disait rien, maman voyant que mami tremblait de plus en plus parce qu’elle ne supportait pas que Chiant touchât et renversât, éleva la voix sur Chiant. Chiant se mit à brailler pour la première fois. Papa fit  remarquer à maman que ce n’était pas ce qui avait été prévu au départ… mami était proche de la convulsion, papi avait sifflé son blanc. Maman rétorqua qu’il ne fallait pas que Chiant touche aux verres, qu’il  pourrait se blesser…. Status quo. Chiant en rajoute une couche puisque maintenant huit yeux attendent qu’il fasse la prochaine connerie… chose faite papa élève la voix, Chiant hurle, maman pour montrer à mami qu’elle est une maman élève aussi la voix… papi siffle son deuxième blanc, mami est prise de tics et élève aussi la voix sur  Chiant qui hurle de plus en plus fort. Ronfle ronfle…papa, sur un ton très condescendant, fait remarquer que… mami explique rageusement que sa fille était plus calme lorqu’elle était plus petite….. bref. C’est à ce moment que je souris et que je croise les deux merveilleux yeux bleus  fatigués de maman qui sourit aussi, des yeux à tromper son mari, même à changer de mari… je détourne mon regard et je les laisse finir de ne rien expliquer… l’année prochaine s’ils reviennent au même endroit, maman aura perdu les quelques kilos qu’elle avait pris pour la grossesse de Ronfle, papa sera toujours aussi chiant puisqu’atteint d’un  superbe complexe de supériorité machiste…. j’ose espérer que maman aura dit merde à ses parents, trompé son mari et qu’elle s’apprêtera à le refaire…. Chiant sera toujours chiant.

Il y a des regards qui en disent plus longs que ces silences qui les accompagnent…. Elle avait envie d’autre chose et moi aussi.

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