De la photo…


Je ne suis pas le premier qui en parle et bien d’autres ont mieux et plus expliqué ce qu’elle n’était plus… Cependant, je m’y autorise. Il fut une époque où seuls certains savaient écrire, le Verbe initiateur de la création avait valeur de parole exacte… Il n’était nullement possible d’aller au-delà du sens rattaché à l’Histoire sans tomber dans l’erreur et la punition. Puis nous avons tous appris, ou presque,  à lire et écrire. La sacralisation est passé à l’utilitaire, l’informatif… Combien d’horribles merdes littérantes sont chaque années pondues, qui sous renfort de médias communicants et arguants les présentent comme  de merveilleux objets de littérature. Celle-ci est quasi décédée le jour où le nombre de mots aux racines grecques et latines, marqueurs de notre histoire,  s’en est trouvé réduit sous couvert d’une dilution  du savoir. Celui-ci se mérite au nombre d’années passées à ingérer le temps déroulé ; rares sont ceux qui sont encore aptes à le conserver. Je ne fais pas acte de réaction, je constate la mutation d’un état à un autre… Combien de livres commis par d’aucuns qui croient malheureusement que leurs expériences individuelles sont uniques, osent écrire à leurs sujets… Il fallut  1900 années pour que l’écrit se dilue telle une préparation homéopathique dans notre mémoire collective… C’est un fait, qu’en avons-nous fait ? de l’écrit à recycler… Il en fut de même pour la musique, qui en deux ou trois siècles s’est appauvrie tout en se diversifiant et se partageant… de l’orchestre au groupe, de la mélodie au rythme, du chant au slam… tous presque dissociés pour n’aboutir qu’au grand flux planétaire redondant qui ondulant obstrue irrémédiablement nos esprits, c’est mille fois par jour, et plus, que nous pouvons entendre des morceaux de musique qui se répètent et se recopient, sans sens précis, sans utilité réelle, un son qui dompte nos esprits… Qu’en est-il du silence perdu ? Puis ce fut le tout de l’image qui  autrefois rare et sémantiquement chargée est maintenant plus nombreuse  et irrémédiablement vide que les instants de réalité que nous vivons chaque jour. Nous peignions ce que nous voyions, puis nous avons peint ce que nous avons cru voir, ce que nous pensions… puis qui nous étions… puis nous avons choisi les images de notre présent qu’il fallait conserver et maintenant nous partageons en un seul flux des milliards d’instants tous plus uniques les uns que les autres…. tous n’est que bis repetitam ad libitum…Nous sommes partis de l’idée d’un dieu unique et créateur de notre multitude… Nous sommes en train de le construire…. chaotique comme à son origine…

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