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Petite histoire pornocratique de la belle Clémence 18


Clémence prenait toujours autant de plaisir à l’écouter. Un soir, alors qu’elle lui avait donné rendez-vous dans un parc, par une belle soirée printanière, elle resta une heure à l’écouter lire des poèmes de Michaud. Elle était immobile, maladivement immobile, je ne l’avais jamais vue ainsi, son corps s’en était même vouté, sa poitrine tombait sur son ventre, donnant l’apparence de s’être arrondi… était-elle enceinte ? j’étais persuadé du contraire, mon observation journalière de ses déplacements et rencontres me laissait à penser qu’elle n’avait croisé aucun homme suffisamment intéressant  pour qu’elle ait pu se laisser aller à cette nécessité biologique et égoïste. Non, elle était pleine de la voix et des textes que ce jeune homosexuel lui  avait lu pendant près de neuf mois. Quand il eut fini, elle le regarda droit dans les yeux et s’adressa à lui.

« Tu sais… on va arrêter de se voir, je n’en ai plus envie, je n’en ai plus besoin…

_ De quoi me parles-tu, besoin de quoi ?

_ Besoin d’entendre ta voix, besoin d’entendre tes textes, besoin de cette sensibilité qui m’a simplement positionnée à côté de toi…

_ Mais  nous sommes des amis, il y a quelque chose qui s’est scellé entre toi et moi…

_ Il y a juste le temps et l’espace qui s’est posé là, toi qui avait envie de lire, de donner du texte à mon corps, mon corps qui avait soif et faim  de tout ces mots, de ce sens qui maintenant est en moi. Je suis enceinte de ta voix, tout cela va germer, ces mots seront mon sens à venir. »

Le jeune homme était en plein désarroi, au bord d’une crise qui aurait pu être de larmes ou de nerfs. Lui, qui jusque là n’avait aimer et désirer que des hommes, sentait en lui une violente pulsion qui aurait pu le pousser à frapper cette femme ou à toucher son corps pour se l’approprier comme un morceau de viande qu’on avale goulûment, croyant calmer sa faim. Cependant ce n’est que sa main droite qui saisit l’épaule gauche de Clémence, il lui fit presque mal. Elle positionna sa main droite sur sa main gauche, la retira calmement puis la lâcha. L’énervement de l’homme devenait de moins en moins perceptible et de plus en plus visible. Il éleva la voix, chose qu’il n’avait jamais fait et cette voix maintenant moins chaude, plus forte, à la fréquence différente de celle que Clémence avait eu l’habitude d’entendre, celle qui laissait son esprit se lover au creux de ce son, cette voix eut l’effet d’un électrochoc. Le regard de Clémence changea, je retrouvai cette étincelle froide que j’avais repérée la première fois. Elle prit de sa main droite, la baguette de bambou qui maintenait le chignon, qu’elle avait d’un roux plus orangé qu’à un certain moment. Le jeune homme n’eut pas le temps de savoir si sa crise serait ou de larmes ou  de nerfs, elle lui planta cette baguette de bambou droit dans l’oeil droit, atteignant le cerveau. Il mourut sur le coup, s’écroulant sur le gazon du parc vide. Clémence laissa ses cheveux retombés, ils me parurent plus rouges qu’orangés sous la lumière naissante du lampadaire à gaz néon du parc. Le corps gisant, Clémence debout et droite, tous deux sous ce lampadaire, tous deux immobiles. Je pris une photo  dont les couleurs s’estompaient bien avant que le temps passe. Clémence se retourna, l’étincelle de ses yeux était revenue, juste plus chaude qu’avant. J’avais toujours de l’acide dans le coffre de ma voiture.

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Une réponse

  1. Revirement de situation …
    Malheur à ce jeune homme ayant osé lever le ton, ayant tenté de s’approprier Clémence, ou tout au moins son amitié ou encore une parcelle de son coeur …
    Trop tôt, il est beaucoup trop tôt pour cela … Et il ne représente qu’un ersatz de la gente masculine … Trop faible, trop « ambivalent », trop prévisible .. Quel témoignage de sa banalité que de s’attacher à Clémence en l’état …

    Elle n’est qu’embryonnaire, son évolution est certes en marche mais la gestation s’annonce longue … Vous avez encore à la façonner, à tailler sa personnalité au plus ciselé, pour parvenir au but fixé …

    Je vous laisse la main, cher Narrateur …

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