Autobiographie d’un autre: 7


Un jour, alors que rien ne pouvait laisser croire que lui, l’autre, allait être différent de ce qu’il avait déjà été… Il se leva…. Il n’avait jamais marché depuis qu’il était entreposé dans les couloirs et pièces de cet orphelinat. Il fit quelques pas vers… vers le centre de la pièce où circulaient le personnel, les enfants en attente de don ou location ou adoption. Arrivé en ce centre, qu’il fit sien, il s’assit à nouveau , leva les bras au ciel  pour attraper les poussières lumineuses qui occupaient l’espace ensoleillé puis ne bougea plus, les yeux ouverts comme il avait toujours fait. Lui qui n’avait jamais que rampé, lui qui n’était que l’ombre d’une présence, lui que l’on déplaçait comme on bouge une table, un sac… lui parla… si fortement qu’une personne, une femme remarqua sa présence, une femme qui s’entendit nommée « maman ».

Appel à la lutte N°11: refuser la pensée de masse.


Toute masse soumise  à une pensée exécutée du haut vers la bas, sans volonté de nuire, mais surtout avec l’envie d’annihiler toute autre forme de pensée transitoire dans notre monde, ne vaut le coup d’être mémorisé. Ainsi, Étant donné une simple idée, dont la banalité est outrageante, peut, si elle est soumise à l’adéquation de masse, devenir un instrument de non-réflexion et de précipitation collective.Ainsi il serait occasionné sur un individu dont l’état réflexif est proche du zéro, une force cognitive qui prendrait place en lieu de la pensée du dit individu, ce qui pour conclure nous conduit  à conclure que la masse est au repos de l’esprit ce que l’idée est à la torture de l’âme…voilà…. enfin, c’est que je pense, je vais relire le début…

Autobiographie d’un autre: 6


N’ayant pas acquis le langage , il n’aurait su exprimer la profondeur des instants passés au sein de la couleur rouge du cuir du fauteuil qui, poussièreusement trônait dans l’entrée de l’orphelinat… mais il y avait été de longues heures durant, restant atterré par les subtilités lumineuses du rouge, plus proche du vermillon cochenillard, voir métallique que du carmin pourpré qu’il avait eu l’occasion de visiter lors du passage  de ces hommes dit d’église. Son voyage dans le rouge lui avait éteint les yeux pour quelques temps,les heures suivantes le pendant peut-être… il n’était qu’un enfant ou l’image d’un enfant puisqu’aucun adulte n’eût loisir à  considérer son état vivant comme l’émanation de l’état d’enfance… Il l’était l’autre, simplement là  et personne n’aurait osé ni désiré  le nommer autrement que l’autre… Conçu de la même manière que tout être humain, par simple relâchement hormonal (faisons fi de l’amour qui n’est qu’une excuse  à notre multitude perturbante et perturbée), oublié, abandonné, égaré, rejeté, lâché… il vivait au même titre que  tous les autres mais était le seul à  ne pas appartenir à l’espèce humaine… malgré son jeune âge, il avait conscience de la précision avec laquelle il mémorisait ce monde qui l’entourait, l’existence de celui-ci prenait, petit à petit, vie dans le regard parfois noyé des larmes  occasionnées par ce qu’il avait vu. L’autre construisait l’âme du monde dans lequel vivaient tous les humains qui, dans cet orphelinat poisseux, lointain, zoomythifère, existaient… aucun d’entre eux n’avait encore pris conscience qu’ils étaient, jusque dans l’émanation physique et endocrinologique de leurs existences basiques, l’ersatz vital de ce que lui, l’autre, ne pouvait être. Il allait leur signifier.

Autobiographie d’un autre: 5


Il choisit de se déplacer, rampant, glissant, tel un ver… l’usage des jambes ne se faisant que si la stimulation est proportionnelle à l’envie  d’aller, on ne se déplace que si l’on va… il ne voulait pas aller, il se contentait de petits déplacements d’un point de vue  à un autre…il s’orientait pour voir autrement, s’accaparant les détails d’un espace commun. Il posait sa tête pour regarder, de longs moments, parfois des heures avérées. Il prenait ainsi possession des écailles de peintures d’un mur ancien, le considérant comme un ciel ou un autre espace physique. Il investissait les veines du bois des pieds d’une table, s’y déplaçant de ses yeux comme sur les eaux d’une rivière, il rencontrait des odeurs au coin des bras des femmes qui attendaient … Il se battait avec des corps animaux, des silences hors la vie. Tout cela sans jamais fermer ses paupières… Il était l’autre mais cependant  le seul qui, malgré son incapacité  à bouger hors les murs de l’orphelinat, poussait sans qu’il eût su l’expliquer, le sens commun de la notion d’ailleurs à un mode de voyage spirituel…. il n’avait que quelques années tout au plus et avait déjà été si loin.

Autobiographie d’un autre: 4


Il voyait entre deux regards ce que ses yeux lui permettaient de voir…Il était souvent ailleurs, nous dirons perdu dans un de ces lieux ou endroits où on avait pu l’oublier, regardant autrement toute cette humanité grouillante mais cependant absente. N’ayant aucun point de repère affectif sur lequel poser la tendresse que ses yeux pouvaient exprimer, il s’arrêtait sur de simples détails: le gris d’un mur évoluant en fonction de la force de la lumière naissante, les verts infinis de la mousse sur la base d’un mur humide de la pluie de fin soirée… le vide grandissant entre deux objets fixes…. des choses et moments qui n’appartenaient qu’à lui et que je ne saurais vous décrire… comment décrire ce qu’un seul peut voir ? Quand il était ainsi concentré sur de fins instants solitaires et sincères, ceux qui le remarquaient, parfois, le déplaçaient afin qu’il ne gêna plus…vide, éloigné, il se retrouva ainsi face à des murs. Il choisit assez tard de se déplacer.

Autobiographie d’un autre: 3


Il pouvait essayer de vivre, encore eut-il fallu qu’on le lui permit…vivre peut être ce qui paraît le plus simple dans son expression la plus basique, voir la plus cellulaire qui puisse s’exprimer… cependant l’autre parfois s’arrêtait de vivre, son coeur s’arrêtait, ses yeux se fermaient, cela ne durait qu’un instant mais cela aurait pu être définitif si un autre, différent mais cependant là, ne l’avait frappé ou poussé pour que cet organisme redémarre. Malgré son tout petit âge, quelques années tout au plus, l’autre s’imposait par son éclatante transparence. On l’oubliait trop souvent, le déplaçait d’orphelinat en orphelinat, parfois même on le prenait pour un autre, tant et si bien qu’il se retrouvait ailleurs sans qu’on eut su dire d’où il venait et pourquoi il se retrouvait là. Il restait alors là ou ici, expression sublime de la plus grande neutralité, être insipide, incolore, inodore. Il puait, était laide, n’était pas, ne fut pas…on s’interrogea parfois pour savoir qui et puis on l’oubliait pendant un cycle qui le conduisait jusqu’aux abords de la mort et par hasard des plus chaotique cela repartait. Cependant de l’intérieur, il voyait entre deux regards et ses yeux fermés en apnée.

Appel à la lutte N° 10: répéter et oublier


L’opulence de la femme en fleur, voilà qui est joliment dit… ce n’est pas moi qui l’ai prononcé en premier, je me le suis approprié et je viens de l’oublier… c’est ainsi que je lutte: répéter ce que la masse impose  à mes oreilles par sa force et ses moyens connexes de communication… ainsi j’ouvre mes canaux communicatifs, même les déférents s’il faut aller jusqu’à plus si affinités et puis j’oublie interdisant par la suite toute possibilité d’unification… ce qui est multiple ne sera pas moi ni mien…on recommence depuis le début, vous le dites si je me répète…

Autobiographie d’un autre: 2


Il était né un matin, du ventre d’une mère, pas la sienne, d’un père qui d’ailleurs aussi  n’était pas son père…  Son père aurait dû féconder la femme qu’il avait épousée, mais il eut une relation avec une autre. La femme de son père, qui aurait été sa mère autrement, avait eu un enfant  mais d’un autre homme que son mari… ce destin se mélangeait dans plusieurs vies…il y eut aussi cette incohérence à la maternité où ces deux femmes accouchant le même jour à la même heure, qui n’eurent pas l’enfant qu’elles devaient avoir, se retrouvèrent avec d’autres enfants que ceux qui étaient les leurs…papiers mélangés, berceaux déplacés, manque de lumière, bordel ambiant, bref une situation somme toute banale quand il y a de la vie. Puis il en mourut rapidement deux, plus ou moins tués pour les raisons précédemment dites…et enfin un troisième qui disparut de mort naturelle. Il n’en resta qu’un qui après de multiples disputes, échanges, alternances, recherches en paternités, maternités, recherches parce qu’il avait été oublié, et certainement encore échangé, voir volé, se retrouva abandonné parce qu’on ne savait plus qui il était…Il était l’autre, celui qui n’avait d’existence que parce qu’on voulait bien encore lui en accorder une… Il pouvait essayer de vivre.

Autobiographie d’un autre:1


Il était un homme, de petite taille, à l’âge incertain, un peu plus que celui que vous lui auriez donné. Il vivait dans une de ces grandes bâtisses dont l’espace se partageait entre plusieurs êtres… Il ne connaissait personne de  cet environnement proche, ne faisait rien pour en connaître. Il avait une certaine corpulence, que nous dirions épaisse, voir noueuse… cependant sa masse n’en imposait à personne, il ne connaissait personne et personne ne cherchait  à le connaître. Son âge, sa vie, son goût inné, plus qu’acquis, pour une relative solitude l’avait conduit  à plonger dans de longs et lents moments de réflexion méditative, lesquelles étaient pour lui un avant-goût de sa propre mort qu’il anticipait de longues années  à l’avance… Il ne mourrait pas de suite , il fallait d’abord que son histoire soit écrite. Il vivait. Voilà, un jour il était né.

Appel à la lutte N°9: de moitié


Après avoir appris qu’ Egon Schiele était né un 12 juin comme moi, 1890 cependant, je n’ai pu m’empêcher d’en ressentir une certaine fierté… Alors j’ai décidé que j’écrirai un demi texte, proposerai une moitié d’idée tout comme lui qui fit des demis nus. J’en appellerai à mes congénères pour que cette lutte se fasse de moitié, mi cheminante entre le début, mi oubliante d’une fin qui n’aboutira jamais. Ne pensez qu’à moitié, n’agissez qu’à 50 %, commencez mais ne finissez pas, vous prolongerez  votre vie d’autant puisque rien n’étant fini, vous n’aurez plus de destin…j’en arrête là, à mi-chemin. Egon Schiele est mort le octobre 1918 d’une grippe espa….et quelques milliers de dessins, toutes moitiés confondues…Toutes vos idées, de moitié préambulées, vous les achèverez plus tard….pour peu que vous soyez encore vivants.

Appel à la lutte N°8: retourner se coucher les pieds devant


Je suis descendu de mon lit, nu, les pieds devant… avec une certaine fierté.  Je me suis interrogé, quel va être le sens de ma lutte contre la pensée unifiante aujourd’hui ? C’est un jour sans travail pour moi, c’est un lieu où mon esprit agit; s’il le peut encore en mon corps. Je réfléchis en direct, à l’instant où j’écris et  à l’instant où vous lirez ces lignes, je réfléchirai… Mais  à quoi, mais à qui ? Ma pensée doit-elle avoir un objet ou peut-elle être l’objet de sa propre pensée… mais alors est-ce encore lutter contre la pensée unifiante que de prendre sa propre réflexion comme objet de sa propre pensée, j’y pense… silence.

Après avoir réfléchi… je suis retourné me coucher les pieds devant sans fierté.

Appel à la lutte N°7: Prendre plaisir à te taire


Communiquer, communiquer… communiquant, communication….. mon cul niqué oui… cul et niquer, çà je sais… Mais que de bruit pour en arriver là, que de mots échangés, que de temps perdus dont je ne pourrai partir  à leurs recherches, que de futiles promesses, que de oui, queue de nom de dieu qui pousse toujours et toujours… Je hais les paroles prises, les communications superfétatoires, les instants d’écoute. Le mot use l’esprit s’il est prononcé et dilué dans la masse, la pensée disparaît si elle devient action oubliée…. Sans bouger, sans être… je prendrai mon plaisir  à te taire.

Faites de même regardez celui ou celle qui se tait de vous, prenez ce plaisir profond et lointain dans l’autre…. mais taisez-vous! Il y a quelque chose d’odieux dans ce bruit roulant de l’humanité qui n’arrive plus  à penser… j’aime l’apaisement du silence  intérieur de mon sommeil.

Appel à la lutte N°6: avoir peur d’un bon rien


Le rien, ce qui occupe tout ou partie de nos vies, ces instants de latence existentielle…. vous connaissez ? Vous savourez parfois ces petits instant de vacuité intellectuelle …. n’en avez-vous pas honte ? se délecter du rien, voilà qui est indigne des humains polytâches que nous sommes…. Restez interdits, apeurez-vous de ces petits riens de la vie qui nous la rendent si belle… Ils sont insidieux , nous cache la véracité des choses…et si rien n’était si beau qu’on nous le dit; juste horrifiantifère. Avoir peur du rien bénéfique, aimez ces instants où rien n’est qu’à son juste sens…là, sans sens…vivre… rien à vivre.

Appel à la lutte N°5: lentement faire ses courses.


J’y suis allé d’un pas reculant cet après midi… quand tout est fermé; luttant ainsi pour la décroissance…Il était là, esseulé, attaché au pied d’un arbre. Ses quatre membres reposaient  à terre, il regardait vers l’Ouest, là où le soleil , ce soir présent, insistait pour montrer qu’il se couchait…connard. Je lui ai expliqué comment lutter contre ou pour selon son taux d’adrénaline… sa fièvre. Il m’écoutait, puis m’écouta et promit, enfin raconta comment il raconterait à ses congénères cette nécessité de la lenteur….Lentement tu feras les courses lui dis-je. Il ne me répondit pas, mais je savais qu’il m’avait écouté et Ô combien il m’avait entendu… tendu, métallique, pathétique et autistique. Ce fut l’heure du départ. Je partis les bras vides, heureux de ma victoire pour la décroissance, il resta en arrière, je sentis un regard pesant atteindre mon âme…. mes bras vides flottaient contre mon corps…De feu il se nommait.

Appel à la lutte N°4: intensifier son regard perdu


Trop de gens qui s’assemblent, s’accolent… Ils n’ont plus parfois qu’un seul et unique regard….. Ces 100 000 yeux qui vous observent. Regardez vivre, regardez mourir…osez cette différence qui vous mènera à  ne pas comprendre là où vous êtes. Ne regardez plus par le regard des autres, ne soyez plus référencés à… Voyez au plus simple de votre évidence émotionnelle….osez ce détail qui n’a que l’importance que vous lui donnez .Vous êtes seuls à voir ce que vous voyez  à l’instant qu’il est, vous êtes irrémédiablement seul jusqu’à votre dernier jour… laissez planer votre regard pour que ce monde ne soit que le vôtre…. Je vous le prête ce court instant.

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