Petite histoire pornocratique de la belle Clémence 15


Moi, homme  à qui l’on avait transmis, j’étais l’observation. De tous temps il nous avait été formellement conseillé de respecter la plus grande neutralité à l’égard du sexe féminin, l’action sexuée nous était interdite, l’observance de cette règle était essentielle à la réussite éventuelle de notre tâche.  Nous ne pouvions mener  à bien celle-ci que si nous étions capable d’éteindre notre flux hormonal et le réduire à la plus profonde sagesse. Nous savions bien, et ce depuis l’aube des temps, qu’il nous était grandement difficile d’infléchir le sens d’exécution de  l’axe sur lequel nos sociétés vivent. Si tel n’avait pas été le cas , il y aurait eu bien longtemps que les guerres auraient disparues et que les femmes auraient pris ce pouvoir temporel auquel les hommes étaient  divinement attaché… ils avaient même créé un seul et unique dieu à leur image pour imposer  cette faible force physique. Mais nous luttions et nos choix avaient de tous temps permis une constante, mais faible, adéquation du perturbant masculin avec le calme féminin. Les hommes n’étaient que cela: de faibles êtres du futur condamnés  à imposer violemment leur croyance du présent… les femmes ou sorcières ou voyantes, savaient quel était le sens du temps et ce qu’il en adviendrait s’il n’était pas respecté… Nous les cents, n’étions que des pourvoyeurs du temps futur que nous savions lire dans l’immédiateté du présent, le fusible par lequel passaient toutes les tensions de notre humanité. Le cul des femmes calmait la haine destructive des hommes. Le corps des femmes apaisait l’invariable solitude temporelle des hommes… Et ces corps d’hommes les ancraient pesamment dans un temps toujours plus dur, toujours plus long  à vivre.

Clémence se réveilla au moment où notre lune accompagnatrice faisait front  à la noirceur de la nuit. La lune était pleine, brillante, savante… Clémence, de ses yeux verts et noyés de sommeil oublié, la regarda. J’étais au loin, moi aussi dans une ridicule petite tente qui abritait mon regard et mes regards. Elle sortit nue de sa tente, elle ne savait pas qu’elle était nue mais elle savait qu’il était nuit. Depuis son endormissement, un homme, un de ceux dont l’odeur corporelle peut pousser  une femme à fermer les yeux et ne plus respirer, un de ceux dont la rusticité peut pousser une femme à ne plus vouloir être une femme, juste après, un  de ceux dont la corpulence et la pilosité ne peut satisfaire  une sensibilité féminine acquise  à la douceur et  à la sensualité…Ou alors à de franches paysannes d’un autre temps à qui, si on leur avait demandé ce qu’elles en pensaient, auraient pris le temps de dire non et d’y penser avant de le dire… Un homme, un de plus. Cet homme observait le corps de Clémence offert, certes, mais qui ne lui était pas destiné. Je le voyais manipuler ses organes génitaux plus en avant au fur et  à mesure que sa tension nerveuse et sanguine augmentait, il allait  la violer, peut-être la tuer juste avant ou juste après… tant qu’elle serait chaude et humide il n’en verrait pas la différence… il se dirigea silencieusement vers Clémence qui, nue , sentait que cette lune avait  à lui parler. Je le vis sortir de sa poche, un couteau, je pouvais sentir sa forte odeur de l’endroit où  j’étais situé. Tellement  elle était collante, elle ne pouvait se détacher du simple vent calorifère de cette soirée… Je tirais une seule balle l’abattant silencieusement, à la base de la nuque; tout au plus le sifflement de la balle dans l’air et le bruit pneumatique de sa sortie du silencieux de mon fusil pouvait être pris pour le bruit d’un écureuil sautant d’arbre en arbre. La lourde masse de cet abruti tombant sur le sol,  dans ce bosquet dans lequel il s’était caché laissa endormis  les sensde Clémence. J’irai le ramasser une fois qu’elle se serait recouchée, là où il était il ne pouvait être vu et ce malgré la lumière jaunissante de cette pleine lune. Quelques minutes passèrent, Clémence sentit le sang coulé le long de ses cuisses, elle passa sa main entre ses jambes… sentit ce sang chaud et s’en retourna vers sa ridicule petite tente qui sous la lumière de la lune prenait des teintes verdâtres. Avant de se coucher, elle remarqua  l’exemplaire des fleurs du mal que j’avais  discrètement jeté alors qu’elle était dans son premier sommeil siestal, elle s’endormit au bout de quelques pages. Je fis disparaître ce corps lourd et pesant  sous un arrosage d’acide dont je gardais toujours quelques litres dans ma voiture, une fois réduit  à  de simple composants, je le hissais dans le grand coffre de ma voiture, non sans l’avoir enveloppé d’un tissu. J’allais jusqu’à la plage où un bateau m’attendait suite à mon appel téléphonique cellulaire. Il serait plongé plus loin et lourdement accompagné. Nous les cents avions toujours moyens de mener à bien notre projet… l’argent n’était pas notre problème et encore moins notre but… Clémence saigna encore pendant quelques jours en restant dans sa tente.

  1. La pilosité masculine peut être excessivement érotisante…chez certains hommes du moins…un facteur « mâle » mais cette caricature de l’homo erectus est bien plaisante.

    Votre « arrosage d’acide » pour diluer ce monsieur m’a fait penser aux savoureux dialogues d’Audiard dans le film « Ne nous fâchons pas »:

    L’embaumeur : Beau jeune homme ! Il doit pas être loin de ses 75 kilos.
    Antoine : J’ai pas pesé!
    L’embaumeur : Dans ces poids-là, je peux vous l’embaumer façon Cléopatre. Le chef-d’œuvre égyptien, inaltérable !
    Antoine : Mais on vous demande pas de conserver, on vous demande de détruire !
    L’embaumeur : Ah ! euh ! Je vous proposerais bien le puzzle congolais : 32 morceaux plus la tête ! Ou alors le cubilot de Vulcain : 10 tonnes de fonte, quinze cents degrés, et votre petit jeune homme se retrouve en plaque d’égoût ou en grille de square !
    Antoine : Non, non, ni en poignée de porte, ni en lampadaire. Ce que je veux, c’est plus le voir, là !

    Quant à Clémence, « elle ne savait pas qu’elle était nue », je vous ai avoué la trouver niaise mais j’avais espéré que ce ne soit pas à ce point!

    Le contraste entre les méthodes, l’équipement (rien que la Buick année 32)…et la mini tente où vous observez me fait sourire. Les hommes d’action ne reculent devant rien et savent s’adapter!

    • Qui aime bien châtie bien … Quelques railleries bien senties de la part d’un ami sans doute, qui doivent vous faire sourire cher narrateur …
      Vous êtes en position « d’observant » et de … protecteur désormais.
      Vous décrivez vote mission, ses nobles motivations et les faits et gestes de la belle Clémence. je suis (nous sommes sans doute) dans l’attente de la métamorphose de Clémence puisque vous vous plaisez à la comparer à une bombe artisanale … Il est temps de lui donner un peu plus de consistance, d’allumer la flammèche, de lui céder un peu de votre place, de l’autoriser à articuler un raisonnement conscient, de lui enseigner la méthode (Baudelaire est un début mais)… Quand la belle ignorante sans foi ni loi empruntera t-elle le chemin que vous avez tracé pour elle ?

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