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J-340… son doigt 2


Alors elle commençait son voyage matinal, remontant jusqu’en Chine pour y rencontrer un client encore éveillé, passant par les continents américains où elle dialoguait rapidement avec de sages noctambules californiens, s’immobilisant, le doigt placé sur le haut de sa chose, dans la liste des gens présents sur son réseau social qui allaient l’accompagner dans sa journée de travail. Sur ses trois écrans de grand format, elle avait organisé son espace de travail et son espace géographique dans lequel elle allait voyager. Il n’avait ni temps ni dimension réels, mais cependant chaque point de son monde était relié  à un autre par une fibre optique. Son espace couvrait tous les continents… Elle avait en quelques années sélectionner des amis, qu’elle n’estimait pas virtuels, car elle donnait à la parole  écrite une priorité essentielle  avant toute forme de relation visuel, physique, odorante. Elle échangeait dans cinq langues, écrivait si vite sur ses claviers qu’on eût pu croire qu’elle avait quatre mains. Sa vie était plus riche en échanges de lettres et de mots que toute autre dont l’identitaire, bavard et incohérent, s’égarait dans des dialogues dont la pensée immédiate laissait souvent cours  à une insignifiance relative. Écrire n’était pas dire, sans être avare de ses mots, elle savait pertinemment qu’elle ne pouvait s’égarer dans des paraphrases accompagnées de gestes et de tergiversations. Son espace de paroles était limité à un certain nombre de caractères eux-mêmes enfermés dans une obligation de débit totalement indépendante de sa pensée. Elle avait donc calibré son esprit aux possibilités de son ordinateur, au nombre de caractères moyens pouvant être inclus dans une fenêtre qui était délimitée par une hauteur et une largeur mesurées en pixels. Même si sa pensée n’était pas contrôlée, elle la savait adaptée, c’est ainsi qu’elle s’efforçait de penser: d’essentiel en essentiel.Ce matin-là, comme tous les autres matins, elle sélectionna de son doigt droit, qu’elle sentait accouplé à sa chose, ceux avec qui elle échangerait de l’essentiel tout en manipulant des images sans sens établis… Son doigt droit était unique, elle était la seule au monde  à suivre pixel par pixel, sans l’avoir au préalable agrandi, le détour d’une image numérique de haute définition…. Son doigt, au regard de ses états de communication, était elle.

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